« La transition écologique doit devenir une politique de protection nationale »
plaide Jérôme Durain

Le Président de la Région Bourgogne-Franche-Comté, Jérôme Durain, appelle dans cette tribune à sécuriser dans la durée les moyens nécessaires à l'adaptation au changement climatique.
Chaque été, un même scénario se répète. Les canicules frappent, les cours d'eau s'assèchent, les récoltes souffrent, les villes suffoquent. Chacun redécouvre soudainement l'urgence d'adapter nos infrastructures, nos territoires et nos modes de vie au changement climatique. Puis l'automne arrive. Les températures baissent, l'attention se détourne, les arbitrages budgétaires reprennent leurs droits et les crédits annoncés sont finalement rabotés. Comme si le dérèglement climatique relevait d'une émotion saisonnière plutôt que d'une réalité permanente.
Notre réponse publique ne peut plus rester prisonnière de ce cycle infernal. De la même façon qu’on ne prépare pas un pays aux bouleversements majeurs en cours avec des financements précaires et des priorités fluctuantes, on ne bâtit pas une stratégie d'adaptation à coups d'emballements médiatiques suivis de désengagements budgétaires.
Cette instabilité révèle surtout une erreur de conception plus profonde. Nous continuons à penser le climat comme une politique simplement environnementale, alors qu'il est devenu autant un enjeu de sécurité, de souveraineté, de santé que de continuité de nos services publics.
"Nous devons penser le climat au-delà d'une simple politique environnementale."
Pendant longtemps, protéger les Français signifiait défendre nos frontières, garantir l'ordre public ou assurer notre sécurité intérieure. Ces missions demeurent essentielles mais ne suffisent plus. Désormais, protéger signifie aussi garantir que chacune et chacun puisse vivre, se loger, travailler, produire, se déplacer et accéder à l'eau dans un climat qui change. C'est pourquoi la transition écologique doit être considérée pour ce qu’elle est réellement : une politique de protection nationale.
Une telle évolution doit entraîner des conséquences concrètes. Nous avons accepté de sanctuariser les moyens de notre défense parce que nous savons qu'un pays ne construit pas sa sécurité au rythme des arbitrages budgétaires annuels. Nous devons maintenant faire preuve de la même constance face au défi climatique.
Les moyens consacrés à la transition écologique, en particulier ceux destinés aux collectivités territoriales, doivent être sécurisés afin de garantir dans la durée les investissements indispensables à l'adaptation du pays. Qu'il s'agisse d'une loi de programmation pluriannuelle, d'un fonds pérenne ou de tout autre mécanisme assurant visibilité et stabilité, l’outil retenu importe finalement moins que l'objectif poursuivi : donner aux territoires la certitude que les engagements pris aujourd'hui seront tenus demain.
"La transition écologique se décide parfois à Bruxelles et se décrète souvent à Paris, elle se construit avant tout dans nos territoires."
Car la confiance est devenue une ressource aussi indispensable que les financements eux-mêmes. Si la transition écologique se décide parfois à Bruxelles et se décrète souvent à Paris, elle se construit avant tout dans nos territoires. Les collectivités savent où investir, quelles priorités fixer et comment associer l’ensemble des acteurs. Elles savent surtout qu'il n'existe pas une transition écologique uniforme, mais des réponses adaptées à chaque territoire qu'il soit urbain, rural, de montagne ou industriel.
L'heure n’est plus aux politiques de circonstance mais de constance car la transition écologique est probablement le plus grand chantier collectif du 21ᵉ siècle. Capituler aujourd'hui reviendrait à accepter notre vulnérabilité demain et à transmettre aux générations futures une facture économique, sociale et humaine considérablement alourdie. À force de reporter les investissements nécessaires, ce ne sont pas les dépenses que nous repoussons mais les crises que nous préparons.
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